J'avais 18 ans à peine, et les filles m'aimaient.
Mes noirs cheveux bouclés, mon éclatant sourire
Les attiraient vers moi, acharnées à séduire.
On est faible, à 18 ans… Qui ne céda jamais ?
En dépit des baisers donnés du bout des lèvres
Aux pucelles avides, j'avais un lourd secret.
L'objet de mes émois, de mes soupirs discrets,
C'était un garçon blond, qui me mettait en fièvre.
Il ignorait, je crois, ma passion dévorante,
Bien qu'en groupe, toujours je rejoignais son camp.
Je vivais dans son ombre, comme au pied d'un volcan.
Orphelin depuis peu, il vivait chez sa tante.
Sa petite maison avait un grand jardin.
Je pouvais, à toute heure, épier ses moindres gestes.
Un seul regard de lui mettait mon coeur en fête.
S'il en était avare, j'en avais du chagrin.
Un jour, pourtant, il vint solliciter mon aide.
Sa tante lui avait demandé de cueillir
Dans la proche campagne des fruits à confire.
Et je me réjouis du plaisant intermède !
Sur les étroits chemins écrasés de chaleur
Je chantais ; il sifflait ; nous disions des fadaises.
Nous seuls, pour une fois… Je me sentais à l'aise
Pour révéler ma flamme et lui ouvrir mon coeur.
Au détour d'un sentier, dans un ancien jardin,
Un très vieux cerisier ployait sous les fruits mûrs.
Quelle aubaine, pour nous ! Nous pouvions être sûrs
D’avoir notre panier plein en un tournemain…
Mais le tronc était haut, et courtes étaient nos jambes.
Un pied sur mes deux mains, l'autre sur mon épaule,
Il grimpa. Je faillis y perdre mon contrôle ! :
Mon nez se retrouvait droit sur son entrejambe…
Et j'avais face à moi l'objet de mes envies.
Je croyais voir la forme, et sentir le parfum
De ce que je voulais caresser de ma main
Depuis l'heure où mon coeur ne battait que pour lui.
Poussé par le démon, j'approchai ma figure
De la bosse où gisait son sexe turgescent,
Et j'y frottai mon nez en un geste indécent…
Cette masse au repos peu à peu devint dure…
Graziano s'était tû. Je craignis un instant
Que mon audace folle l'eût mis en fureur.
Mais sans plus de façons, il reprit son labeur.
Sa cueillette, pourtant, allait plus lentement.
Après un long moment du luxurieux manège
Je m'enquis si ce jeu lui causait de l'ennui.
« Pas du tout, me dit-il, continue, je t'en prie ! »
Ce plaisir partagé tenait du sortilège !
Lorsqu'il redescendit entre mes bras tendus
Je ne pus m'empêcher d'étreindre son visage.
Nos bouches se joignirent, et nos langues sauvages
Pulsaient à l'unisson de nos sexes tendus.
Nos vêtements bientôt gisaient sur l'herbe tendre.
Nos corps nus, accolés, se frottaient peau à peau,
Nos mains glissaient partout, caressaient sans repos,
Nos doux gémissements seuls se faisaient entendre.
Rendu au point extrême où tous les sens explosent
Je lui dis mon désir d'enfin le pénétrer.
Et en son trou offert mon sexe put entrer,
Et je me répandis en une apothéose…
Tout pantelants encore de notre doux exploit
Nous rentrâmes chez nous tendrement enlacés.
Notre amour commençait. Et pendant tout l'été
Nous pûmes fréquemment retrouver ces émois.
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